L’heure du bilan…

Le voyage de Mitroglou, cette odyssée surréaliste d’un éléphant en peluche, aura-t’il donné des clés intimes à chaque membre de ce bel équipage, Willem, Fabio, Robin, Aurélie, Philippe, Anne et Julien, pour apprendre à vivre autrement, avec leurs souvenirs de Luce ?

Après un voyage chargé d’émotions, résumé en 1 carte et 21 articles publiés, que retiennent les 8 équipiers impliqués (dont un éléphant) ?

J’en retiens les moments magiques où les dauphins viennent jouer à la proue du bateau

willem

Willem :
« Ce voyage m’a fait plaisir et j’en retiens les moments magiques où les dauphins viennent jouer à la proue du bateau. Mes endroits préférés sont la baie où nous étions seuls en Sardaigne, et Formentor aux Baléares. Je trouve qu’on aurait pu passer plus de temps aux Baléares et moins en Sicile.
Les moments les plus sensationnels à l’arrêt ont été de déjauger avec l’annexe et de faire du « tracte-paddle ». Ce qui m’a étonné en Sicile, c’est la tradition de mettre des glaces dans des brioches (ce qui était très bon).
J’ai trouvé que le vent n’était pas très bon pendant la traversée entre la Sicile et la Sardaigne. Par contre, le vent était bon et soufflait fort pendant la traversée entre la Sardaigne et les Baléares. Les conditions covid n’étaient pas bonnes quand on est arrivé en Sicile, ça s’est confiné ; et quand on est arrivé en Sardaigne, elle s’est confinée aussi…
Il n’y a eu que Philippe et Aurélie qui ont été malades. Nous n’avons rien pêché de tout le voyage même s’il y avait des bancs de poisson juste en dessous. »

Ce voyage m’a beaucoup appris […]
ça m’a fait grandir intérieurement

fabio

Fabio :
« Ce voyage m’a beaucoup appris (conduire l’annexe, le bateau, orienter les voiles) et aussi à me déconnecter (plus d’internet que des écrans en général). Ça m’a fait grandir intérieurement. Je suis très heureux d’avoir fait ce voyage, même si j’ai quand même été content de retrouver le confort de la maison, les amis (même en confinement). Bref, au final ce voyage en bateau m’a beaucoup appris, beaucoup apporté sur le peu de temps où cela s’est passé. »

Ce voyage est […] comme une pommade à la cicatrice qui nous rassemble

ROBIN

Robin :
« Du Zérø à l’infini. 
Du point de départ à celui d’arrivée, en passant par des hauts et des bas, au gré de la houle. Ce voyage était pour moi à l’origine un espoir, en lequel j’ai eu du mal à croire au vu de la complexité d’organisation qu’il demandait. Prenant cela avec plus ou moins de philosophie, pour une fois, et de bonne foi, j’ai décidé de ne pas baisser les bras, pour honorer la mémoire de Luce, et pour essayer de reconstruire une cohésion familiale où la place de chacun a du bouger.
Alors nous avons bougé, changé les plans, une fois, deux fois, à chaque fois. Tant pis pour la Grèce, tant pis pour le vent, nous avons quand même réussi, coûte que coûte, à passer ce temps ensemble. Et quand bien même ces moments n’étaient pas toujours faciles, c’est le fait de s’être permis de les vivre, d’avoir tout mis en oeuvre afin que ces moments puissent exister – avec chacun et pour tous -, que je retiendrai.
Ce voyage est maintenant pour moi un souvenir, comme une pommade à la cicatrice qui nous rassemble, qui m’a appris la nécessité des liens de personne à personne dans une famille. C’est une aventure que j’ai envie de continuer, différemment, mais toujours avec Mitroglou dans un sac à dos. J’espère que le voyage de Mitroglou 2.0 aura lieu cet été, avec un baudrier et des dégaines sur une île grecque ou en Espagne. »

Chaque moment vécu avec chacun des enfants est précieux

Aurélie

Aurélie :
« Quelle chance de pouvoir naviguer tous ensemble avec Mitroglou !
On a bien cru qu’on n’y arriverait pas, puis finalement, les planètes se sont alignées… Il a quand même fallu un peu louvoyer entre les règles sanitaires et le vent qui changeaient de direction chaque jour, mais on y est arrivé. 
On s’est laissé porter par la mer, où le vent nous a menés, vers de nouveaux horizons.
Tous sur le même bateau, Willem, Fabio, Robin, Julien, Anne, Phil et moi, avec Philippe pour nous mener à bon port.
Voir chacun prendre sa place pendant la navigation pour monter les voiles, pour vérifier la force du vent et les bateaux alentours, pour s’amuser des dauphins qui jouent avec la proue du bateau, pour profiter d’un moment suspendu à voir défiler les vagues, pour prendre son quart, pour regarder la grande ourse juste au bout du mât et la petite ourse qui nous donne le cap, pour voir le soleil se coucher puis tourner la tête et voir la lune se lever.
Chaque moment vécu avec chacun des enfants est précieux. J’en ai profité chaque jour ; j’en profiterai encore chaque instant que j’aurai la chance de partager avec chacun des garçons. »

Ces moments délicats m’ont fait ressentir une bienveillance de vivre, un plaisir, une sensation […] perdue

Philippe

Philippe :
« Aujourd’hui j’ai appris :
« Nourris-toi de ce qui est beau tant qu’il se présente à toi, contemples le humblement et tu sentiras quelque chose de bon vivre en toi, quelque chose que tu avais perdu. »

Je ne voulais pas croire à ce voyage.
Quand Julien l’a évoqué pour la première fois, nous étions dans les premiers jours après la mort de Luce. J’étais encore aux côtés d’Anne, tant de bouts de nos vies pour ne pas dire toutes nos vies fracassées. Nous avons vécu un quotidien réunis, une union à quatre pour, dans un premier temps, essayer de rester debout.
À la séparation, deuxième déflagration, je perdais tout : l’amour d’Anne, ma famille depuis six ans et pendant un temps, le droit de participer au voyage. Plus tard, en fin d’année, essayant vainement d’accepter et de surmonter ces pertes dans un quotidien de solitude, la mort de mon père venait encore me couper les jambes, rendant l’idée même du voyage improbable et diffuse.
À l’approche du mois de février, il était encore difficile de se projeter, tant l’incertitude quant à la réalité même de ce périple était forte. La création de ce blog et l’arrivée de Zérø en Sicile apportait heureusement un peu de concret.
L’intitulé du voyage « Pour apprendre la vie sans elle, nous sommes partis naviguer en famille élargie… » me lançait une bouée à laquelle m’accrocher, naufragé, submergé par des vagues de questions, la sensation d’avoir perdu ma place étant tellement forte dans ces équilibres recomposés et fragiles.
Je n’ai commencé vraiment à y croire que trois jours avant mon départ pour la Sardaigne. Tout à coup une forme d’excitation, je pouvais organiser mon départ, trouver un train puis un avion, faire un test PCR pour être en règle, puis préparer mon sac sans oublier, bien sûr, les commandes de ravioles et de « ravitaillement » (code entre nous pour dire bonbons !) passées par Fabio et Willem.
Je fus accueilli sur le bateau avec affection et bienveillance par Aurélie, Julien, Fabio, Willem, Mitroglou bien sûr, et évidemment par Philippe le skipper. Je découvrais quelqu’un d’une grande simplicité, d’une grande élégance. Il me mit tout de suite à l’aise et je l’en remercie chaleureusement.
Le paradoxe de l’espace fini du bateau posé sur cet univers si bleu, si infini, m’a ouvert un champ de réflexion libre et hors du temps. J’ai senti qu’en plus de nourrir les liens de cette famille élargie, j’étais aussi venu pour me réparer et renaître. Tant de choses avaient été bousculées, tant de pensées et de viscères étaient à remettre en place.
Vaste chantier au milieu de ce cercle parfait où ne rien faire occupe pleinement. Au fil du vent et de la navigation, il nous fut donné, seuls au milieu de nulle part, d’observer toute la beauté du monde dans un « couché de soleil – levé de lune » sur un horizon parfaitement plat. Ces moments délicats m’ont fait ressentir une bienveillance de vivre, un plaisir, une sensation que j’avais perdue depuis ce funeste jour de juin.
Un pas après l’autre, en savourant l’inattendu, en renforçant les liens avec Julien et Aurélie, en entretenant ceux essentiels qui me lient à Robin, Fabio et Willem, en acceptant Anne et Fabien dans leur choix d’une nouvelle vie, je veux continuer à aimer, renouer avec la joie de vivre et retrouver l’émerveillement comme on regarde un ciel étoilé.
Voilà. Ce que le voyage de Mitroglou, l’odyssée surréaliste d’un éléphant en peluche, m’aura apporté ; il me semble que ce sont quelques clés intimes pour aller sur ce chemin et apprendre à vivre sans Luce et sans Anne. »

Et ce matin du 14 mars, où j’observe depuis le hublot de ma couchette un magnifique lever de soleil

Anne

Anne :
« Je n’avais jamais navigué à bord d’un voilier avant cette aventure, et quelle aventure ! Après les annulations de vols, le parcours modifié, les restrictions sanitaires, j’ai pensé que nous ne partirions jamais. Finalement, me voici avec Julien, Aurélie, Fabio, Willem et Mitroglou à bord du Zérø (que je découvre pour ma part), et accueillie par Philippe Chatelain, le super Capitaine de bord.
J’ai vécu ces deux semaines de navigation autour de la Sicile et des îles Éoliennes, dans un état émotionnel fort. Entre le plaisir de partager des moments privilégiés avec tous mes enfants (Robin nous ayant rejoints au bout d’une dizaine de jours), leur papa et sa compagne, la découverte de lieux incroyables…et l’absence de Luce qui se faisait pour moi plus palpable encore, sans mes repères habituels…
Des moments de joie, lorsque, comble du ravissement, nous pouvons dévorer une pizza, boire un café ou déguster une bonne glace en terrasse, ou quand nous sommes en mer et que les dauphins viennent jouer avec la proue du bateau.
Des moments de calme et d’introspection, lorsque la mer nous entoure et que le temps s’écoule à observer les vagues, les oiseaux, le vent dans les voiles.
Des moments d’émotion, lorsque Aurélie, descendue dans le cratère de Vulcano, dessine avec de petits cailloux, l’étoile filante de Luce… Et ce matin du 14 mars, où j’observe depuis le hublot de ma couchette un magnifique lever de soleil. Ce matin-là, cela fait neuf mois que Luce est morte et mon ventre de maman crie sa douleur…
Un beau voyage qui a continué sans moi (je devais rentrer à Grenoble), où chacun s’est trouvé plus proche de Luce par les souvenirs, le partage, le rire, l’émotion… »

Je ressens un ressourcement, […] l’impression d’avoir refait le plein de mon énergie vitale

Julien

Julien :
« On l’a fait, et ça c’est déjà juste énorme. « Dément, trooooop coooool », aurait dit Luce avec son regard pétillant…
Faire ce voyage, pour elle, pour nous, n’a été possible que parce que nous puisons dans son énergie, dans la force qu’elle nous donne à chaque fois qu’on pense à elle, autant dire en permanence… Et peut être aussi grâce à certains petits coups de pouce du destin, ces « alignements d’étoiles » qu’on n’explique pas mais qu’on accepte avec un petit frissonnement au coeur.
Ce périple fut pour moi comme un monde parallèle : le temps, suspendu, semble ne plus s’écouler autrement qu’avec lenteur, bienveillance, et respect des belles choses qui nous entourent ; l’espace, lui, se dilate, et les limites du bateau s’estompent devant la mutitude de possibilités offertes par la navigation libre, et devant l’immensité des étendues marines. Cette impression de faire corps avec la nature, avec les éléments, cette impression qu’on peut ressentir lors d’une longue randonnée ou d’une grande voie en montagne. Cette sensation d’avoir le temps d’observer, de penser librement ; ce sentiment de retour aux fondamentaux, sans superflu. Une vie minimaliste mais un concentré d’essentiel !
Il m’a fallu apprendre le lâcher-prise, à faire des plans puis y renoncer, à partir sans savoir où l’on va arriver, à tout remettre en question à tout moment ; pour moi ce fut un vrai apprentissage, tant j’aime quand les choses peuvent être anticipées, prévues, optimisées. J’en ressors grandi, moins effrayé par l’idée « qu’on ne sait pas comment ça va se passer », et j’accepte désormais de dire « on verra bien, on va s’adapter » 🙂 !
J’ai apprécié d’avoir cette occasion d’observer mes garçons appréhender ce nouvel environnement, voir comment chacun s’est s’adapté, a pris part aux manoeuvres, a tenté de gérer ses frustrations … et comment certains équilibres bougent au-delà de ce que j’imaginais possible à terre.
J’ai aussi été très sensible à l’élan suscité autour de notre périple. Les réactions de la famille, les commentaires sur le blog et les nombreux messages des amis, m’ont apporté de la chaleur et la sensation que j’aime tant de partage et de cohésion dans les moments importants. Une mention spéciale et un immense « merci » à Philippe, le Captain, qui a accepté de nous accompagner et trouver sa place, à la fois présent et discret. J’espère que le globe du Zerø, réparé par deux fois suite aux cabrioles du « ouistiti », t’accompagnera encore longtemps…
Quelques jours après le retour, même si un petit contre-coup se fait sentir, je ressens un ressourcement ; j’ai l’impression d’avoir refait le plein de mon énergie vitale, d’avoir alimenté mon envie de vivre des aventures humaines. Pour autant, même si j’ai peut-être un peu apprivoisé mes blessures, je constate qu’elles ne se referment pas et restent toujours aussi vives.
La perspective et l’espoir de ce voyage m’auront aidé à tenir debout jusqu’ici. Encore aujourd’hui, ce n’est possible que parce que je suis bien entouré. Maintenant, il faut que je m’appuie sur cette belle aventure vécue et partagée pour trouver ma prochaine étape, et les suivantes… La mer y jouera sans doute un rôle, car l’envie de larguer les amarres et de repartir partager de nouvelles navigations est déjà là ! »

Nul doute que j’ai pris goût à l’aventure, et je me sens prêt à rembarquer

MItroglou


Et Mitroglou ?
« Quel beau voyage !
J’ai déjà raconté une partie de mon périple par la voix du capitaine (à relire ici).
Nul doute que j’ai pris goût à l’aventure, et je me sens prêt à rembarquer avec les uns et/ou les autres pour écrire de nouveaux chapitres à mon « voyage ».
Quant à mes co-équipiers (observez bien mon regard malicieux), je suis d’ores et déjà certain que chacun trouvera sa voie… »

2 commentaires sur « L’heure du bilan… »

  1.  » Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage …. »
    Bonjour Mitroglou, ce n’est pas facile de te quitter et de te dire au revoir à la fin de ce beau voyage . Surtout après la lecture de ces témoignages si personnels et émouvants .
    Mais tout de même je souhaite te dire deux mots, bien banals, mais essentiels à mes yeux :
    D’ abord bravo ! Tu peux être fier de ton équipage, depuis le Captain jusqu’aux moussaillons, tous bienveillants et efficaces, au top pour t’aider à concrétiser et réussir ce projet « dément », malgré toutes les embûches..
    Et puis merci ! Pour avoir pris soin de nous faire partager, par ton blog, toutes vos péripéties, vos découvertes, vos émotions, et surtout toute cette beauté .
    Alors, à bientôt pour de nouvelles aventures sur le chemin de la vie sans Luce, ( mais tout près d ‘elle en fait !) ?
    Je l’espère .

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  2. Je me joins à Françoise pour vous dire BRAVO et Merci pour votre partage. En guise d’au-revoir je vous partage une phrase de Roland Barthes qui me touche particulièrement et je vous embrasse fort.
    « S’il y a une signification des phénomènes sensibles, c’est toujours dans le déplacement, la substitution, bref, en fin de compte, l’absence, qu’elle se manifeste avec le plus d’éclat. « 

    Aimé par 1 personne

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