Au milieu de nulle part

Samedi matin, il fait beau. Il est encore tôt et le soleil chauffe déjà fort au moment du départ. Le vent devrait être avec nous pour cette traversée vers les Baléares. Ça commence doucement, on attendait un vent de travers, et c’est un léger vent arrière. La côte ouest de la Sardaigne a du mal à s’éloigner… Pourtant les deux météos sur lesquelles Philippe le Captain s’appuie sont formelles : le vent devrait monter. Nous repassons au moteur pour quelques milles, et enfin dans l’après-midi le vent se lève. Les sourires reviennent, l’atmosphère se détend et les manœuvres s’organisent pour hisser toutes les voiles. Pour cette première journée, nous naviguons plutôt près du vent, avec trois voiles dehors : Grand Voile, Génois et Trinquette. Un grand dauphin nous accompagne brièvement.

Fabio et Willem, en vieux loups des mers, répondent avec vitesse et précision aux ordres du capitaine. Quand la côte disparaît enfin, le ciel est bleu : un dôme complètement bleu dessinant un horizon circulaire parfait, net et fini au bout duquel il n’y a plus rien, et au centre duquel nous sommes seuls au milieu de nulle part. Pas un navire, pas la moindre embarcation ne vient perturber cet espace, ce moment privilégié où nous sommes seuls au monde. 

À la tombée du jour, le soleil rougit et se couche si vite qu’on le voit tomber dans l’eau : Willem a mesuré qu’il faut 2’58’’ au soleil pour se faire avaler par les flots. C’est un spectacle unique qui s’offre à nous et nous donne à voir toute la beauté du monde, car au même moment dans notre dos monte une lune blanche et bientôt ronde. On pourrait presque entendre Mitroglou battre le rythme de ce temps suspendu. 

Au matin, les visages sont fatigués par les quarts de la nuit, et nous avons changé d’heure (passage à l’heure d’été). Le temps est magnifique et clément, comme pour nous aider à récupérer. La route est encore longue. Pas un nuage dans ce ciel pur, où seule l’arrivée d’un pigeon à bout de forces vient agiter la douce torpeur de cette solitude bienheureuse. Le pigeon est accueilli et dénommé Odilon, nous lui offrons le gîte et le couvert…

Willem prépare notre arrivée dans les eaux espagnoles : il dégrafe le drapeau italien et installe l’espagnol dans les haubans tribord, la place prévue pour le pavillon de courtoisie. Nous sommes prêts à aborder.

Le vent faibli un peu, alors aux côtés de la Grand Voile, le spi se gonfle et remplace les voiles d’avant. Puis, chose rare, en plus du spi, le génois est tangonné en ciseaux pour récupérer le moindre souffle. Nous avons sorti toute la toile disponible pour avancer.
En fin d’après-midi, Julien aperçoit les premières ombres de Minorque : « Terre ! ».

Ce dimanche soir encore le spectacle est unique : les couleurs du soleil encore plus intenses, le disque encore plus net, et la lune est ronde et chaude. Après une nuit éprouvante à observer les différents phares de Minorque et Majorque, la fatigue s’accumulant et le vent faiblissant,  le mouillage dans la baie de Pollença est attendu. L’ancre tombe lundi vers 11h, après 50 heures de navigation continue : une belle, une très belle expérience pour tous !

Odilon le pigeon, rasséréné par sa nuit sur le bateau, retrouve sa liberté et s’envole avec entrain.

Bienvenidos en España !!

4 commentaires sur « Au milieu de nulle part »

  1. Ah !! Enfin des news !! Mais au vu des 50h de navigation éprouvantes ce n’est guère étonnant …
    Pan 🐻 et Man 🐻 sont ici chez nous pour Pâques et + car affinités et nous avons bien rigolé devant le récit de votre traversée et devant les photos !! Mitroglou est vraiment drôle dans son gilet et son bonnet que je reconnais 😀 !! À celui-là il ne manque que la parole , c’est loin d’être une peluche banale … Il faudra que je cherche à lui attribuer une voix 😀 … A l’heure à laquelle j’écris ce commentaire il y a un décalage de 6 jours avec votre récit et nous pensons à Phil’ de pêche ( ou de slip 🤣) pour lequel c’est sa dernière journée de navigation …
    Nous espérons qu’il en tire un grand bienfait comme vous tous d’ailleurs ! Profitez encore des grands espaces ici ter-repetita 😡😞🦠
    Plein de 😘😘👍💨⛵️🐘 Viva 🇪🇸 !! 💫💕 et Joyeuse chasse aux 🥚 sur le ⛵️

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  2. Toujours chouette de vous lire !
    Profitez à fond de ces grands espaces dans toutes les dimensions avant de les chercher dans le re-re-confinement.
    Gros bisous

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